L'arbre d'or et la soie

Une révolution économique 

La grande gelée des châtaigneraies lors de l’hiver 1709 va résolument pousser les paysans à se tourner vers la sériciculture. L'économie vivrière axée sur le châtaignier se transforme en économie de marché autour de la soie et engendre une certaine aisance. À partir de 1740 la culture du mûrier constitue la rente foncière la plus productive lui valant le surnom « d’arbre d’or ». De nouvelles terrasses se construisent et les cévenols plantent le mûrier partout. Parallèlement on agrandit les mas pour y créer des magnaneries toujours plus grandes. Les paysages et l'habitat se transforment. La sériciculture connaît son apogée – l’âge d’or - vers 1850. 

Une activité industrielle en pays rural 

 La transformation des cocons en fil de soie a longtemps été une activité rurale, chaque producteur dévidant sa soie qu'il vendait à l'occasion des grandes foires d’Alès ou de Beaucaire. C'est au tout début du XIXe siècle que le tirage du fil s'est industrialisé dans de grands ateliers aménagés dans les villages de fond de vallée, en bordure des cours d'eau. Ces nombreuses filatures à l'architecture caractéristique, comme les magnaneries bien reconnaissables, témoignent encore de cet âge d'or cévenol. 

L’âge d’or se poursuit après la Révolution, les progrès technologiques vont permettre le développement des filatures et fournir la région lyonnaise transformatrice du fil de soie. Avec le Piémont italien, les Cévennes sont alors l’un des premiers producteurs mondiaux de cocons. La production atteint son apogée en 1853 avec 26 000 tonnes de cocons en Cévennes et dans le Gard, soit la moitié de la production totale des cocons en France. Mais la Pébrine, une maladie provoquée par un champignon microscopique fait son apparition, les vers atteints sont parsemés de petits points noirs semblables à des grains de poivre (pebre, poivre en cévenol) d’où son nom. 

Pasteur sauveur de la sériciculture cévenole 

 Dans les années 1850 la Pébrine touche de plein fouet l’activité séricicole. En 10 ans la production chute passant de 26 000 tonnes de cocons par an à moins de 300. Pasteur de déplace alors à Alès pour y diriger des recherches afin de combattre les maladies. Il y parvint en mettant au point une méthode de tri des graines (grainage sélectif) qui permet d’enrayer la Pébrine et sauve momentanément la sériciculture de la ruine totale. 

Un déclin inéluctable

 Un autre fléau arrive par le canal de Suez, c’est « le péril jaune », Chine et Japon inondent les marchés européens de leurs soies à bas prix, ce qui provoque un rapide effondrement des cours de la production cévenole qui n’est plus compétitive. A partir de 1934, la soie artificielle, le tissu synthétique, connaît une expansion rapide aux dépens de toutes les productions de soie, cévenoles incluses. Le déclin est total, malgré des efforts de regroupement de filateurs. 

La dernière filature, moderne et performante de « Maison Rouge » à Saint-Jean du Gard fermera ses portes en 1964. A plusieurs reprises, quelques « visionnaires » vont essayer, mais en vain, de relancer la soie en Cévennes, sous une forme adaptée au commerce mondial. 

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